Max a écrit:
Les sociétés ont créé des cultes divins parce qu'elles aspiraient à ce que la vie ait un sens. Croire en l'existence de quelque chose de plus Grand que son nombril, croire qu'il faut rendre le culte, pratiquer des offices, honorer son créateur, ses morts, etc., ça donne un sens à une vie.
Sinon, bien sûr que beaucoup s'y raccroche pour quantité de raisons diverses.
Il y a une chose de plus grande que soi qui s'impose à la conscience dès la naissance : la nature (entendue comme tout ce qui existe.)
Nul besoin d'aller inventer des chimères pour constater que l'homme est fini, mortel, minuscule, et objectivement insignifiant par rapport à l'immensité du Monde.
Au contraire, la religion part du principe animiste qui lie l'individu à de grands esprits surnaturels avec lesquels l’interaction et la compréhension est en partie possible, ce qui fait de l'homme un élément de cet univers surnaturel. Le sauvage croit qu'une personne taboue (chargée d'une certaine énergie positive ou négative) peut le maudire par le simple mauvais œil. Si ce n'est pas attribuer d'importants pouvoir à l'humain, je ne sais pas ce que c'est.
Les polythéismes européens sont une version intellectualisée de cet animisme primitif, et les monothéismes sont une version encore épurée et plus aboutie idéologiquement de ces approches irréalistes du monde.
Et c'est encore pire de ce point de vue. L'homme créé par un être parfait à son image, perle de sa création, avec qui il peut communiquer voire communier, l'autre qui l'aime et agit par la Providence pour lui faire entendre son dessein ou le punir ou le récompenser, la place au paradis, l'âme qui le distingue du reste du monde, je suis navré, mais ça n'a rien d'humble. On n'a jamais plus surévalué l'homme que dans les religions, et le coup de l'humilité du croyant, il m'a toujours fait bien marrer.
La vraie humilité, elle se trouve au début de l'un des textes de jeunesse de Nietzsche, et c'est celle-là (viscéralement opposée aux dogmes de toutes les églises, puisque ce n'est pas avec la vérité qu'on fait tourner la boutique) :
Citation:
Il y eut une fois, dans un recoin éloigné de l'univers répandu en d'innombrables systèmes solaires scintillants, un astre sur lequel des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la plus orgueilleuse et la plus mensongère minute de l'" histoire universelle ". Une seule minute, en effet. La nature respira encore un peu et puis l'astre se figea dans la glace, les animaux intelligents durent mourir. - Une fable de ce genre, quelqu'un pourrait l'inventer, mais cette illustration resterait bien au-dessous du fantôme misérable, éphémère, insensé et fortuit que constitue l'intellectuel humain au sein de la nature. Des éternités durant il n'a pas existé ; et lorsque c'en sera fini de lui, il ne se sera rien passé de plus. Car ce fameux intellect ne remplit aucune mission au-delà de l'humaine vie. Il n'est qu'humain, et seul son possesseur et producteur le considère avec pathos, comme s'il renfermait le pivot du monde. Or, si nous pouvions comprendre la mouche, nous saurions qu'elle aussi nage à travers l'air avec ce pathos et ressent en soi le centre volant de ce monde. Il n'y a rien de si abject et de si minuscule dans la nature qu'une légère bouffée de cette force du connaître ne puisse aussitôt gonfler comme une outre ; et de même que tout portefaix aspire à son admirateur, de même l'homme le plus fier, le philosophe, croit-il avoir de tous côtés les yeux de l'univers braqués comme des télescopes sur son action et sa pensée. Il est remarquable que cet état de fait soit l’œuvre de l'intellect, lui qui ne sert justement aux êtres les plus malchanceux, les plus délicats et les plus éphémères qu'à se maintenir une minute dans l'existence, cette existence qu'ils auraient toutes les raisons de fuir aussi vite que le fils de Lessing sans le secours d'un pareil expédient. L'espèce d'orgueil lié au connaître et au sentir, et qui amasse d'aveuglantes nuées sur les yeux et les sens des hommes, les illusionne quant à la valeur de l'existence parce qu'il véhicule la plus flatteuse évaluation du connaître. Son effet général est l'illusion - mais ce caractère se retrouve aussi dans ses effets les plus particuliers...
Citation:
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2. En France, ce n'est pas l’État qui propose la religion aux habitants. Dans le cadre libéral actuel, t'as envie d'aller à l'église ou à la mosquée, tu y vas. Rien n'a changé du point de vue de la loi sur le sujet, si ce n'est qu'il n'y a plus de "religion d’État" privilégiée et que toutes les sectes peuvent ouvrir des boutiques tant qu'elles ne sont pas trop antilibérales.
Tirade hors-sujet. Qu'est-ce que ce propos vient faire ici ?
Qu'il est étrange que tu compares les églises anciennes aux préfectures actuelles puisqu'on parle de vie spirituelle.
Il serait plus pertinent de comparer les religions à ce qui nourrit aujourd'hui l'intellect de nos contemporains (les idéologies, le monde du spectacle et des médias, etc.)
Citation:
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3. Il y avait évidemment des officiers et commissaires royaux en province sous l'Ancien Régime (ancêtres des préfets, même si la vie administrative se réglait surtout au niveau du bailliage et de la seigneurie.) L'administration n'est pas une invention athée et n'est pas connotée religieusement. Elle peut même être un outil de conversion (cas du christianisme qui s'est appuyé sur les institutions impériales romaines et son administration pléthorique.)
Sauf que je parle d'un état de fait où l'un se subsitue à l'autre et non s'y additionne. On se fout de savoir qu'il existait une administration à l'époque ; ce qu'on dit c'est qu'aujourd'hui il ne reste plus qu'elle, le reste ayant été disqualifié par elle.
L’État ne s'en en rien substitué aux églises, il a choisi (très libéralement) de s'en séparer.
Les églises existent encore aujourd'hui, tu dois bien le savoir. Plutôt que d'accuser les francs-maçons athées qui encore une fois auraient imposé quelque chose au bon peuple, demande-toi pourquoi les gens n'y vont pas, à la messe, alors que l'église est à côté et que le curé n'attend que de voir du monde.